//
vous lisez...
La maman

Souvenirs d’un père

Quand j’étais jeune, je voyais mon père comme étant une personne posée et logique. Il était celui qui avait toujours une explication pour tout. Professeur de physique et pince sans rire à ses heures, il me faisait croire des choses absolument rocambolesques. Vous voulez un exemple? Attendez un moment que j’en choisisse un… O.K., je l’ai.

Je devais avoir environ 12 ans, j’avais à préparer un gâteau pour souligner les anniversaires du mois de mes amies Guides. La réunion devait avoir lieu le lendemain soir. Mon père avait déplacé la cuisinière ce jour-là pour passer le balai derrière celle-ci. Une fois le tout replacé, ma mère et moi faisons le fameux gâteau. Une fois cuit et démoulé, l’horreur! Le gâteau est croche! Un côté est plus haut que l’autre. C’est la panique. De quoi vais-je avoir l’air avec mon gâteau tout croche? Ma mère suggère que «ça paraîtra moins avec le glaçage». Ben oui! Un glaçage d’un pouce d’épaisseur d’un côté et de l’autre une mince couche? Mais ça ne va pas du tout! Non, non, non, je refuse de faire rire de moi avec cette… chose innommable! Ma mère jette un linge propre dessus et me dit qu’on en refera un ensemble le lendemain après l’école. Et moi, de jeter un regard noir à mon père avant de lui recommander de s’assurer que les petites pattes sous la cuisinière soient au niveau avant que nous cuisions le nouveau gâteau. Vous ne voyez pas où je veux en venir? Patience! Le bon bout de l’histoire s’en vient!

Le lendemain, je reviens dîner à la maison. Découragée, je rappelle à ma mère que nous avons un gâteau à préparer après l’école. «Je ne pense pas.», me répond-t-elle de façon énigmatique en sortant le gâteau couvert de l’armoire. «Regarde.», me dit-elle en soulevant le linge. Il y a là un gâteau parfait. Toute heureuse, je la remercie d’avoir refait le gâteau. Elle me répond qu’elle ne l’a pas refait et se remet à préparer le dîner. Ben voyons, est-ce que j’ai l’air d’une imbécile? Faut croire que oui, parce que j’ai mordu à l’hameçon. «Ça s’peut pas que le gâteau se soit réparé tout seul. Tu l’as refait!» «Pourquoi ta mère te mentirait? Elle a raison, le gâteau s’est replacé, c’est une loi de la physique. Regarde bien…» Mon père prend un crayon, un bout de papier et il me dessine un schéma avec des formules mathématiques qui viennent expliquer cette loi de la physique. Une fois qu’il a terminé son explication, je le regarde droit dans les yeux et je lui dis «Tu me niaises.» Il me répond que je peux bien croire ce que je veux mais que c’est lui le prof de physique. Il a raison. Je n’y connais rien en physique. Je doute, je le regarde… mais bon, je ne suis pas convaincue. Je fouille la cuisine de fond en comble pour trouver la chose. Rien. Je n’ai rien trouvé. Je commence à y croire. Mon papa d’amour m’apporte quelques autres arguments bien choisis qui expliquent que la matière, quand elle est inégale a tendance à se replacer, que c’est à cause de la gravité ou quelque chose du genre, je ne m’en rappelle plus. Bref, me voilà convaincue. Que c’est beau la science!

L’après-midi, je m’empresse de raconter cela à toutes mes amies. Je suis tellement épatée par cette expérience scientifique involontaire que j’en parle à qui veut l’entendre. Que c’est beau la science! Et pratique en plus!

En revenant à la maison, je m’extasie encore sur le gâteau miraculeux pendant que nous couvrons le gâteau d’un délicieux glaçage au beurre.

Au souper, mon père dit qu’il prendrait bien un morceau de gâteau. Ma mère acquiesce. Je suis paniquée. «Non, c’est un gâteau pour ma réunion! On ne peut pas en manger!» «C’est sûr, répond mon père, je veux un morceau de l’autre gâteau.» «Hein?» Je vois ma mère sortir… la chose toute croche! «Quoi? Mais l’histoire de la gravité, de la physique…C’était une blague?» Et mon père de me regarder avec un petit sourire en coin et d’ajouter «Pas mal, hein?» Oui, elle est pas mal bonne, je dois l’avouer mais… Oh! Mon Dieu! J’ai raconté ça à tout le monde! J’vais avoir l’air d’une vrai folle me suis-je dit.

Je ne me souviens pas si on a ri de moi ou si on m’a plaint d’avoir un père taquin mais une chose est sûre : mon papa pince sans rire, je l’ai beaucoup aimé et je l’aime encore. Il est décédé il y a près de douze ans mais il ne se passe pas une semaine sans que je pense à lui. Et mes enfants semblent avoir tous les deux hérité de son sourcil interrogateur qui se soulève quand ils se posent des questions…  Ce qui arrive souvent. Je ne peux m’empêcher de penser qu’eux aussi me joueront peut-être des tours. Seront-ils pince sans rire comme leur grand-papa qu’ils n’ont pas connu? Il est encore trop tôt pour le savoir.

Bonne Fête des pères, papa. Je t’aime.

Publicités

À propos de missparfaite

Communicatrice polyvalente, Miss Parfaite explore les réseaux sociaux pour satisfaire sa curiosité et les besoins de ses clients. « Vivre, savoir et savoir-vivre à l’ère numérique » décrit bien son approche.

Discussion

2 réflexions sur “Souvenirs d’un père

  1. Quelle belle histoire! Tu racontes si bien, c’est comme si on avait vécu le souvenir avec toi 🙂

    Publié par Kathleen | 20 juin 2010, 00:49

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Entrer votre adresse e-mail pour vous inscrire à ce blog et recevoir les notifications des nouveaux articles par courriel.

Catégories

Twitter

%d blogueurs aiment cette page :